mercredi 25 mai 2016

TEXTE 
          (…) Ma mère oublia que Rahma n'était qu'une pouilleuse, une mendiante d’entre les mendiantes. Tout émue, elle se précipita au premier étage en criant :                                                                                                                                                                                                                                
        - Ma sœur ! Ma pauvre sœur ! Que t'est-il arrivé ?                                                                                                                                                                                                   
         - Nous pouvons peut-être te venir-en aide. Cesse de pleurer, tu nous déchires le cœur.
        Toutes les femmes entourèrent Rahma la malheureuse. Elle réussit enfin à les renseigner : Zineb avait disparu, perdue dans la foule. En vain, sa mère avait essayé de la retrouver dans les petites rues latérales, Zineb s'était volatilisée, le sol l'avait engloutie et il n'en restait pas la moindre trace.
        La nouvelle de cette disparition se propagea instantanément dans le quartier. Des femmes inconnues traversèrent les terrasses pour venir prendre part à la douleur de Rahma et l'exhorter à la patience. Tout le monde se mit à pleurer bruyamment. Chacune des assistantes gémissait, se lamentait, se rappelait les moments particulièrement pénibles de sa vie, s'attendrissait sur son propre sort.
       Je m'étais mêlé au groupe des pleureuses et j'éclatai en sanglots. Personne ne s'occupait de moi. Je n'aimais pas Zineb, sa disparition me réjouissait plutôt, je pleurais pour bien d'autres raisons. D'abord, je pleurais pour faire comme tout le monde, il me semblait que la bienséance l'exigeait; je pleurais aussi parce que ma mère pleurait et parce que Rahma, qui m'avait fait cadeau d'un beau cabochon de verre, avait du chagrin ; mais la raison profonde peut-être, c'était celle que je donnai à ma mère lorsqu'elle s'arrêta, épuisée. Toutes les femmes s'arrêtèrent, s'essuyèrent le visage, qui avec un mouchoir, qui avec le bas de sa chemise. Je continuais à pousser des cris prolongés. Elles essayèrent de me consoler.
      Ma mère me dit :
     - Arrête ! Sidi Mohammed, on retrouvera Zineb, arrête ! Tu vas te faire mal aux yeux avec toutes ces larmes.
      Hoquetant, je lui répondis :
      - Cela m'est égal qu'on ne retrouve pas Zineb, je pleure parce que j'ai faim !
      Ma mère me saisit par le poignet et m'entraîna, courroucée. (…)
      Mon père arriva, comme de coutume, après la prière de l'Aacha. Le repas se déroula simplement, mais à l'heure du thé, maman parla des événements de la journée. Elle commença :
      - Cette pauvre Rahma a passé une journée dans les affres de l'angoisse. Nous avons toutes été bouleversées.
      - Que s'est-il passé ? demanda mon père.
       Ma mère reprit :
     - Tu connais Allal le fournier qui demeure à Kalklyine ? Si, si, tu dois le connaître. Il est marié à Khadija, la sœur de notre voisine Rahma. Il y a un an, ils sont venus passer une semaine ici chez leurs parents ; ce sont des gens honnêtes, pieux et bien élevés. Mariés depuis trois ans ils désiraient vivement avoir un enfant. La pauvre Khadija a consulté les guérisseurs, les fqihs, les sorciers et les chouafas sans résultat. Il y a un an, ils sont allés en pèlerinage à Sidi Ali Bou Serghine. Khadija se baigna dans la source, promit au saint de sacrifier un agneau si Dieu exauçait son vœu. Elle a eu son bébé.
I. Étude de texte (10 points)
1. Recopiez et complétez le tableau suivant. (1 pt)
Titre de l’œuvre
Auteur de cette œuvre
Genre littéraire
Une autre œuvre du même auteur




2. Situez le passage dans l’œuvre dont il est extrait. (1 pt)
3. À quelle occasion, dans l’œuvre, la mère du narrateur s’était-elle disputée avec Rahma et pourquoi change-t-elle d’attitude vis-à-vis d’elle dans ce passage ? (1 pt)
4. Relevez dans le texte quatre mots ou expressions relatifs au champ lexical de la douleur. (1 pt)
5. Dans la phrase suivante, de quelle figure de style s’agit-il et quel en est l’effet ?  « Cesse de pleurer, tu nous déchires le cœur. » (1 pt) 6. Les femmes pleurent pour deux raisons, lesquels ? (1 pts)
7. En vous appuyant sur votre connaissance de l’œuvre, recopiez et complétez le tableau suivant. (1 pt)
Les personnages
Le malheur ayant frappé chacun d’eux
Maalem Abdeslem

Moulay Larbi

Lala Aïcha

Rahma

8.   Reliez chaque énoncé du texte de la colonne A à la signification qui lui convient dans la colonne B. (1 pt)
A-  Énoncés du texte
B-  Signification
a. « Zineb s’était volatilisée, le sol l’avait engloutie. »
1. Le respect des bonnes manières
b. « Khadija promit au saint de sacrifier un agneau. »
2. La peine
c. « les affres de l’angoisse. »
3. La disparition
d. « il me semblait que la bienséance l’exigeait. »
5. L’offrande
a
b
c
d




9.  Toutes les voisines se sont associées à Rahma dans son malheur. Quel sentiment cela suscite-t-il en vous ? Répondez en deux ou trois phrases. (1 pt)
10.  Pour avoir un enfant, Khadija a consulté les guérisseurs, les fqihs et les sorciers …
Quel jugement portez-vous sur cette pratique ? Justifiez votre réponse en deux ou trois phrases. (1 pt)
 II. Production écrite (10 points)  Sujet : Si Antigone avait obéi aux ordres de Créon, elle n’aurait pas été condamnée à mort
À votre avis, les jeunes doivent-ils toujours obéir aux adultes ?  En tant que jeune, donnez votre propre point de vue en vous appuyant sur des arguments convaincants et des exemples précis.
Votre production  sera évaluée selon les critères suivants :  Respect de la consigne.Cohérence de l’argumentation.Correction de la langue.Originalité.
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